Quatrième de couverture (Folio Classique) : Une soirée d'été sur une île au large de l'Ecosse. Pôle de convergence des regards et des pensées, Mrs Ramsay exerce sur famille et amis un pouvoir de séduction quasi irrésistible. Un enfant rêved'aller au phare. L'expédition aura lieu un beau matin d'été, dix ans plus tard. Entre-temps, mort et violence envahissent l'espace du récit. Au bouleversement de la famille Ramsay répond le chaos de la Première Guerre mondiale. La paix revenue, il ne reste plus aux survivants désemparés, désunis, qu'à reconstruire sur les ruines.
Des bonheurs et des déchirements de son enfance, Virginia Woolf a fait la trame d'une oeuvre poétique, lumineuse et poignante qui dit encore le long tourment de l'écriture et la brièveté de ses joies : visions fragiles, illuminations fugaces, "allumettes craquées à l'improviste dans le noir".
Ce sera assez court, note Virginia Woolf dans son Journal. Rien ne manquera au caractère de Père. Il y aura aussi Mère, Saint-Ives, l'enfance et toutes les choses habituelles que j'essaie d'inclure, la vie, la mort, etc. À 43 ans, jusqu'alors hantée par la disparition prématurée de sa mère et par le despotisme intellectuel et affectif de son père, Virginia Woolf se décide enfin à les placer au centre de son écriture.
"...ma mère. Il est parfaitement vrai qu'elle m'a obsédée, en dépit du fait qu'elle est morte quand j'avais treize ans...
Alors, un jour que je faisais une promenade dans Tavistock Square, j'ai fait, comme je fais quelquefois mes livres, To the Lighthouse, dans un grand élan, apparement involontaire.
Pourquoi alors? Je n'en ai aucune idée. Mais j'ai écrit le livre très vite; et quand il fut écrit, je cessai d'être obsédée par ma mère. Je n'entends plus sa voix; je ne la vois plus." Moments d'être
L'écriture de Woolf ne se laisse pas facilement apprivoiser. Il faut accepter d'être malmené, de se perdre dans les méandres des phrases. Et pourtant cet univers est doux, comme une plume. Une fois que la douce musique nous berce, on ne peut plus décoller. On ne se lasse plus de contempler Mrs Ramsay, de suivre ses pensées. Et l'on se met à regretter cette période, ce cocon que l'on a quitté sans s'en apercevoir: l'enfance.
"Personne jamais n'avait eu l'air aussi triste. Une larme, peut-être, se forma, amère et noire, dans les ténèbres, à mi-chemin du puits qui conduisait de la lumière du jour jusqu'aux tréfonds; une larme coula, la surface de l'eau se troubla légèrement à son contact puis redevint lisse. Personne jamais n'avait eu l'air aussi triste."




